Cameroun : « Maurice Kamto veut s’affirmer comme le leader de l’opposition face à Paul Biya »

Après la proclamation de la victoire de Paul Biya à la présidentielle au Cameroun, Maurice Kamto conteste toujours les résultats du scrutin. Une façon pour le candidat battu d’asseoir sa légitimité comme principal opposant au pouvoir.

Les multiples recours de Maurice Kamto devant le Conseil constitutionnel n’y ont rien changé. Malgré les dénonciations de “fraude massives” et des cas présumés d’irrégularités, c’est encore Paul Biya, 85 ans dont 35 au pouvoir, qui a remporté pour la septième fois la présidentielle. Avec 71,28 % des suffrages, le président sortant écrase le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, arrivé deuxième avec un score de 14,23%.

Ces chiffres définitifs du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d’aucun recours. Mais le candidat Maurice Kamto a décidé d’engager un bras de fer avec le pouvoir et de contester les résultats dans une vidéo diffusée sur sa page YouTube. “Nous rejetons solennellement et catégoriquement ces résultats fabriqués et refusons de reconnaître la légitimité du chef de l’État” a-t-il affirmé. Et d’ajouter : “Nous utiliserons tous les moyens de droit pour faire rétablir la vérité des urnes.”

Selon les décomptes de son équipe de campagne compilés dans un document, Maurice Kamto affirme avoir gagné la présidentielle avec 39,74 % des voix, contre 38,47 % pour Paul Biya. Ce dernier se serait vu accorder frauduleusement 1,3 million de voix sur la base de procès-verbaux non signés.

Marquer le coup

L’opposant avait déjà donné le ton le 8 octobre en s’autoproclamant victorieux dès le lendemain du scrutin présidentiel, qui se déroule sur un seul tour. Par une métaphore destinée aux amateurs de football, il avait affirmé : “J’ai tiré le penalty historique, et le but a été marqué » devant la presse. “C’était une stratégie pour marquer le coup, puisqu’il avait déjà anticipé sur ce qu’il pensait être des irrégularités, voire des malversations du camp d’en face” analyse Fred Eboko, directeur de recherche franco-camerounais à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), au micro de RFI.

Va-t-on donc vers un scénario à la gabonaise, où la présidentielle controversée remportée par Ali Bongo en 2016 et contestée par l’opposant principal Jean Ping avait conduit à une crise politique ? Selon certains observateurs, il y a peu de chances que l’appel lancé par Maurice Kamto au peuple camerounais “à rester mobiliser et à une résistence déterminée à la forfaiture” soit entendu.

“L’humeur du peuple camerounais n’est pas au soulèvement. La majorité est plutôt partisane de reprendre le chemin du travail et des activités et de tourner la page de l’élection. Et contrairement au Gabon où il y avait une forte coalition, l’opposition au Cameroun est divisée” analyse Yann Gwet, essayiste et analyste politique camerounais.

Cette opposition était incarnée jusque-là par John Fru Ndi, leader charismatique du Social Démocratic Front (SDF), le principal parti d’opposition à l’Assemblée nationale (18 députés) et grand challenger du président Paul Biya lors des présidentielles de 1992, 2004, et 2011. Régulièrement accusé de connivence avec le pouvoir en place, il n’avait plus de légitimité.

Leader de l’opposition

Conséquence, l’opposition camerounaise n’a jamais jusque-là réussi à se coaliser. “C’est là que Maurice Kamto a apporté quelque chose de nouveau, en réussissant ce ralliement de dernière minute en fin de campagne avec Akéré Muna”, un autre opposant de poids, explique un journaliste camerounais sous couvert d’anonymat. “Maurice Kamto a apporté, une sorte de crédibilité. C’est un profil qui est apparu plus solide que le reste de l’opposition. Il a pu dégager une impression de solidité et de compétences. Pour une partie de l’électorat, il est capable d’être une alternative à Paul Biya”, affirme Yann Gwet.

À quoi joue donc l’ancien ministre de la justice de Paul Biya ? “On est au bout du processus électoral. Je ne vois pas de quels moyens légaux parle Maurice Kamto. Le système politique est totalement verrouillé et une alternance par les urnes dans le contexte politique actuel est impossible. Je pense qu’il est dans une stratégie dont le but est de s’affirmer comme le leader de l’opposition face à Paul Biya”, conclut Yann Gwet.

via france24

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